Bisous, Papa explore la complexité de la mémoire, de la représentation d’un individu à travers les souvenirs qu’il laisse et l’interprétation par la technologie qui génère et la main de l’artiste qui peint, à travers une série de portraits de mon père.
 
Cela soulève la question universelle et si personnelle des souvenirs. Il explore comment les représentations et les innovations numériques peuvent se rencontrer et dialoguer pour recréer l’image illusoire d’un être cher. Il s’inscrit dans une démarche de réflexion sur la façon dont l’art et les nouvelles technologies façonnent notre perception des êtres disparus, en tentant d’en recréer l’image pour en retrouver la trace.
La technologie peut-elle re-générer, régénérer le sourire de mon père ? Ses couleurs et ses pinceaux, entre mes mains, y parviendront-ils ?
Bisous, papa, est un projet à suivre comme un chemin, dans les pas de la mémoire, pour tenter d’attraper des souvenirs avec un filet à papillon.
 
Historique et contexte
Il y a 20 ans, j’ai réalisé un triptyque de mon père. Pas vraiment flatteur, ce portrait capturait l’essence de sa présence à un moment donné : un mélange d’expressions mi-souriantes, mi-râleuses, un visage marqué par la vie et les émotions. Cette peinture, que j’affectionnais particulièrement, trônait dans le salon familial, au-dessus de l’autel à ma gloire (humour).
 
Les années ont passé
Il y a eu le divorce de mes parents, puis la mort de mon père. Le triptyque a disparu du salon de l’appartement familial atomique, espace qui avait perdu son statut de lieu de mémoire commun.
Mon père est décédé il y a quatre ans, laissant un vide que les photographies et les souvenirs échouent à combler.
 
La distance et le souvenir
Établi en Belgique tandis que mon père vivait dans son village lottois, dix heures de transports nous séparaient. Nous n’avions pas de véritables conversations téléphoniques, détestant l’un comme l’autre cet outil. Nos échanges étaient rares, ponctués par l’absence de mots mais baignés d’un amour tacite.
Trois ans après son décès, la nostalgie m’a poussé à revisiter ce « portrait initial » pour évaluer ce qui me restait de l’image de mon père.
Les images accumulées au fil des années ne reflétaient pas fidèlement le souvenir que j’avais de lui. Le contraste entre les clichés et ma mémoire affective me conduisit à une réflexion sur la façon dont je pourrais désormais le représenter.
De plus, la découverte des lettres, des souvenirs, des photos que mon père avait gardées me montraient que, définitivement, on ne connait jamais vraiment une personne.
 
Par curiosité et en quête de nouvelles perspectives, j’ai décidé de solliciter une intelligence artificielle génératrice d’images pour créer un portrait de mon père. J’ai fourni des prompts précis et une série de photos en référence. Les portraits générés par l’IA reflétaient un mélange de ressemblance et de décalage par rapport à mon souvenir. Ils représentaient un père à la fois familier et étranger, brouillant les frontières entre le passé et le présent, le réel et l’imaginé. 
Ces images, bien qu’imparfaites, m’ont servi de base pour un travail de réinterprétation manuelle. Je suis revenu à la matière et aux gestes, utilisant la boîte de peinture de mon père  pour insuffler une nouvelle vie à ces créations digitales, les rendant plus authentiques et proches de ma perception émotionnelle.
 
Le processus de création de ce projet combine plusieurs techniques
Références photographiques : utilisation de photos anciennes pour informer le modèle généré par l’IA.
Génération IA : emploi de prompts spécifiques pour obtenir une série de portraits via une IA génératrice d’images qui serviront de base aux portraits réalisé à la peinture.
Interprétation manuelle : reprise des portraits numériques en peinture, avec les outils et les techniques traditionnels, pour restituer un aspect plus authentique et émotionnellement chargé, tout en sachant que ni mon esprit ni l’IA n’allaient pas faire un portrait fidèle de mon père. Cette tentative, vouée à l’échec, échouera-t-elle?
La juxtaposition des méthodes numériques et traditionnelles permet de questionner la fiabilité des souvenirs et la capacité de la technologie à les recréer de manière fidèle.
----------------------------
>> Bisous, Papa est du 22 février 2025 au 3 mai 2025 à la Galerie Cellule à Charleroi